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Passion et Mans

Lola T70 Mk.3 GT #SL73/101

Lola T70 Mk.3 GT #SL73/101 Aston Martin Coupes de l'Age d'Or à Monthléry en 1995.
La Lola T70 Mk.3 GT #SL73/101 Aston Martin lors des Coupes de l'Age d'Or à Monthléry en 1995.

Je vous propose aujourd'hui de vous raconter l'histoire d'un come-back raté, et pas n'importe lequel, puisqu'il concerne une des plus prestigieuses marques britanniques, Aston Martin.

Tout commence par une brouille.

Lors des essais des 24 Heures du Mans 1966, lassé de ses fréquentes mésententes avec Eugenio Dragoni, John Surtees claque la porte de la Scuderia.
En F1, il va trouver refuge chez Cooper et alors que la saison de Ferrari est catastrophique, "Big John" fini Vice-Champion du Monde.
Parallèlement, il va également devenir le premier champion de la naissante série Canam sur un spider Lola T70 Mk2.
Les qualités de metteur au point de l'immense pilote anglais séduisent Eric Broaldley et un lien solide se crée entre les deux hommes.
A la même période, Aston Martin travaille sur sa future voiture de production, la DBS.
Tadek Marek, dessine un V8 de 5 l destinée à cette auto, le DP 218.
Appuyé par Jackie Epstein, John Surtees convainc Eric Broadley de dessiner une version coupé du spider Canam pour l'engager dans le Championnat du Monde des voitures de Sport.

Le premier coupé Lola T70.

Sur le papier, l'association avec Aston Martin semble être idéale pour Surtees, et devrait lui permettre de prendre une revanche morale sur Ferrari tout en mettant en avant l'industrie anglaise.
David Brown, le patron d'Aston Martin est emballé par l'idée, car pour lui, la compétition améliore la série. 
Tadek Marek, le concepteur du DP 218 est beaucoup moins enthousiaste et considère l'opération comme un gros risque.
Les premier tests effectués à l'automne 1966, avec le DP 218 monté dans un spider T70 semblent d'ailleurs lui donner raison.
Le moteur est alors en version carburateur et donné pour 421 cv à 6500 t/min.
La nouveauté rencontre des problèmes de surchauffe et une bielle fini par traverser le bloc en aluminium.
David Brown à pourtant de la suite dans les idées et demande à ses ingénieurs de travailler sur une version à carter sec équipé de l'injection.
Le coupé Lola T70 Mk3 est présenté Racing Car Show de Londres en janvier 1967, c'est ce premier châssis, #SL73/101 qui sert à la présentation.
L'auto est superbe et fait sensation. 
Ses lignes sont dues en grande partie à un jeune aérodynamicien, qui va passer de nombreuses heures en soufflerie pour définir la forme finale du coupé Lola, Tony Southgate.
Il a tenté d'allier finesse et appuis sur l'avant et l'arrière. 
Il est le premier à dessiner un canal au centre du capot arrière qui permet une certaine rétrovision tout en favorisant l'alimentation des carburateurs en air frais.
L'idée sera reprise deux ans plus tard sur la Porsche 917 K.
Sur le stand du Team Surtees est également présent le DP 218, qui est lui aussi présenté officiellement à cet occasion.
Un lot d'une dizaine de moteur à la conception améliorée et à carter sec doit être fourni à Surtees.
Un de ces moteurs est monté dans #SL73/101 et des tests sont effectués en Angleterre.
Le DP 218, qui dans cette configuration délivre 450 cv à 6750 t/min au banc, se refuse à dépasser 6100 t/min une fois installé dans l'auto. 
Il génère d’énormes vibrations qui se transmettent au châssis et aux accessoires moteur.
En urgence, les ingénieurs d'Aston Martin décident de l'équiper d'un Damper pour atténuer le phénomène.

Les essais d'avril des 24 Heures du Mans 1967.

C'est équipée d'un V8 de ce type qu'#SL73/101 va se présenter pour les Essais d'Avril des 24 Heures du Mans 1967.
John Surtees réussi à signer le troisième temps derrière des Ferrari P4 impériales et se montre le plus rapide sous la pluie.
Mais ces temps ne sont pas vraiment significatifs. En effet, chez Ford, il semble que soit la Mk IV connaisse de réelles difficultés, soit que l'écurie américaine cache son jeu.
De plus, encore marqués par l'accident de 1966, les américains ne rouleront que sur le sec.
Du coté de Lola, les problèmes moteur sont toujours présents. 
Les vibrations ont, en partie, disparu, mais le moteur refuse de prendre plus de 6000 t/min dans les Hunaudières, ce qui handicape beaucoup la voiture en vitesse de pointe.
La Lola s'est cependant montrée très rapide en virage et selon les ingénieurs d'Aston Martin, l'adoption d'un système d'injection Lucas devrait régler le problème.
#SL73/101 aurait due courir au 1000 Km de Spa Francorchamps, mais il semblent que les travaux prévus sur le moteur n’étaient pas achevés.

Les espoirs nés au Nurbürgring et le désastre du Mans.

Lola T70 Mk.3 GT #SL73/101 Aston Martin DP 218 Coupes de l'Age d'or 1995
La Lola T70 Mk.3 GT #SL73/101 vue du côté moteur Aston Martin DP 218 lors des Coupes de l'Age d'or 1995.

C'est donc aux 1000 Km du Nurbürgring, le 28 mai 1967 que la Lola T70 Aston Martin #SL73/101 va faire ses grands débuts en compétition.
Surtees signe le deuxième temps des essais derrière la Chaparral 2F, mais il cale au départ et s'élance en fin de peloton.
Il commence alors une remontée qui va le porter au septième rang à l’entame du septième tour, avant qu'un des triangles arrières ne lâche et ne le force à l'abandon.
Deux semaines plus tard, c'est deux Lola Aston Martin qui vont participer aux 24 Heures du Mans 1967, #SL73/101 confiée à Chris Irwin et Peter de Klerk et #SL73/121, un nouveau châssis, pour John Surtees et David Hobbs.
#SL73/101 est en configuration aérodynamique classique alors qu'#SL73/121 est équipée d'un capot arrière long et vitré en aluminium qualifié de "steamliner".
Elles sont toutes deux équipée du DP 218 à injection Lucas.
Dès les essais, des problèmes de surchauffe vont apparaîtres sur les deux autos.
Surtees réussi cependant à qualifier la queue longue 13ème et Irwin place #SL73/101 à la 25ème place.
Contre l'avis d'Aston Martin, John Surtees a négocié un contrat de sponsoring avec Marchal pour la fourniture de bougies.
Personne ne se fait d'illusion avant le départ, il va juste falloir tenir le plus longtemps possible.
Sur #SL73/121, la course de Surtees va s’arrêter au bout de trois tours, il rentre, piston percé.
Sur #SL73/101, Chris Irwin et Peter de Klerk vont tenir un peu plus de deux heure trente.
Mais il aura fallu changer un arbre de transmission, apparemment endommagé par une surchauffe du moteur et de la boite, avant que le Damper ne finisse par céder.
Les autos sont ramenées à Slough après la course et les V8 renvoyés chez Aston Martin Lagonda. 
Après démontage, les ingénieurs constatent que les blocs se sont vrillés et sont fissurés à de nombreux endroits autour du vilebrequin.
Le DP 218 doit être revu en profondeur et renforcé dans sa partie inférieure. 
Il faudra finalement deux ans pour le fiabiliser, repoussant la sortie de la DBS V8 à 1969 (toute la première série est sortie avec un 6 cylindres).
Pour Surtees, c'est la fin de la collaboration avec Aston Martin.

Le DP 2018 est remplacé par un Chevy pour finir la saison.

John Surtees va finir la saison avec #SL73/121 équipée d'un V8 Chevrolet de 6L, et, même s'il ne la mènera pas à la victoire, il démontrera le réel potentiel de l'auto aux 12 Heures de Reims et au BOAC 500 à Brands Hatch. Les problèmes récurrents de fiabilité de la Lola l’empêchant dans les deux cas de concrétiser.
#SL73/101, elle aussi équipée d'un V8 Chevrolet, va être vendue à Jo Bonnier et deviendra sa première Lola T70.
Elle fera ses premières courses encore peinte avec la livrée Surtees avant de prendre la célèbre teinte jaune de l'écurie suédoise.
Elle va avoir une très longue carrière s'achevant en 1973.
#SL73/101 retrouve un V8 Aston Martin DP 218 lors de sa restauration au début des années 1990 et apparaît sur quelques événements historiques à cette époque.
Elle semble désormais faire partie de la collection Aston Martin et ne fait depuis que de rares apparitions.

Lola T70 Mk.3 GT Aston Martin #SL73/101 Coupes de l'Age d'Or 1995.
La Lola T70 Mk.3 GT Aston Martin #SL73/101 et le reste du plateau Sport Prototype lors des Coupes de l'Age d'Or 1995.

 

Palmarès succinct de la Lola T70 #SL73/101
- 3ème des Essais d'Avril des 24 Heures du Mans 1967 avec John Surtees et David Hobbs. 
- Abandon aux 1000 Km du Nurburgring 1967 (rupture de suspenssion) avec John Surtees et David Hobbs.
- Abandon à la troisième heure aux 24 Heures du Mans 1967 sur casse moteur.
- Abandon aux 12 Heures de Sebring 1968 (alimentation) avec Jo Bonnier et Sten Axelsson.
- 6ème aux 6 Heures de Brands Hatch 1968 avec Jo Bonnier et Sten Axelsson.
- Victoire au Falkenberg Sport Prototype 1968 avec Jo Bonnier.
- Plusieurs victoires dans le championnat suédois de sport prototype 1968 avec Jo Bonnier (Velodromloppet,Skarpnäck, Anderstorp...).
- 2ème aux Silverstone Internationnal 1968 avec Jo Bonnier.
- Abandon au Tourist Trophy 1968 avec Jo Bonnier.
- 12ème aux 200 Miles du Norisring avec Jo Bonnier.
- 10 ème aux 6 Heures de Watkins Glen 1968 avec Jo Bonnier et Chuck Parsons.
- Abandon au Martini Trophy Silverstone 1968 (alimentation) avec Jo Bonnier.
- 2ème à Oulton Park 1968 avec Jo Bonnier.
- Abandon aux 500 Km de Zeltweg 1968 (panne d'essence) avec Jo Bonnier.
- L'auto est ensuite vendue à David Prophet qui fini la saison prototype anglaise 1968 avec.
- #SL73/101 change souvent de mains à partir de 1969 et coure dans dans un grand nombre d'épreuves.
- Elle achève sa carrière sportive en Interserie en 1973 aux mains de Nick Cussons.

 

L'ensemble des photos illustrant cet article ont été prises lors des Coupes de l'Age d'Or à Monthléry en 1995.

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